Une seule voie maritime peut-elle faire grimper les prix du pétrole dans le monde entier ?
Une menace sur le détroit d'Ormuz peut faire grimper les prix du pétrole dans le monde entier. Voici pourquoi les précédentes hausses se sont estompées, à moins que les barils n'aient réellement cessé de circuler.
Par la rédaction Deriv · 27 juillet 2026 · 3 min de lecture

Une menace sur le détroit d'Ormuz peut faire grimper les prix du pétrole partout dans le monde, car environ un cinquième du pétrole transporté par voie maritime y transite. Une récente mesure américaine concernant l'Iran a ravivé ces craintes cette semaine. Le pétrole brut Brent est remonté vers 100 $ le baril.

Pourquoi une voie maritime étroite peut faire bouger l'ensemble du marché
Le pétrole a un prix mondial unique. Un baril coûte à peu près le même prix qu'il soit expédié du Texas ou du Golfe, car les acheteurs peuvent s'en procurer n'importe où. Ainsi, une menace pesant sur la plus grande voie d'approvisionnement inquiète simultanément tous les acheteurs.
Le détroit d'Ormuz est cette voie d'approvisionnement. Il s'agit d'un passage étroit emprunté par une grande partie des pétroliers du monde. Menacer cette voie, c'est menacer le prix à chaque pompe à essence, et pas seulement celles de la région.
C'est ainsi qu'un événement local se transforme en un bond des prix à l'échelle mondiale. Une mesure américaine concernant l'Iran est perçue comme un risque pour le flux de pétrole transitant par Ormuz. Le marché intègre la peur dans ses prix avant même que le moindre pétrole ne cesse réellement de circuler.
La peur n'est pas synonyme de véritable pénurie
C'est ce qui détermine si une hausse des prix dure. Une augmentation suite à un titre d'actualité relève de la peur : les acheteurs paient plus cher au cas où. Une hausse durable nécessite que de vrais barils viennent à manquer.
L'histoire le prouve. En septembre 2019, des attaques de drones et de missiles ont détruit environ la moitié de la production pétrolière saoudienne, la plus grande perte jamais enregistrée en une seule fois. Le Brent a bondi d'environ 15 % en une journée. En l'espace de quelques semaines, il a perdu la majeure partie de ces gains, une fois que l'Arabie saoudite a rétabli sa production plus rapidement que prévu.
L'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022 a poussé le Brent vers les 130 $. Il a reculé au cours des mois suivants à mesure que des réserves étaient libérées et que le pétrole trouvait de nouvelles voies. Les pics motivés par la peur s'estompent à moins que la pénurie ne soit réelle et durable.
Le détroit menacé mais jamais fermé
L'Iran a déjà menacé de fermer le détroit d'Ormuz par le passé, notamment en 2011 et 2012. Le pétrole est resté plus cher pendant un certain temps, mais le détroit est resté ouvert. Le surcoût a augmenté et diminué au gré des discours, et non à cause d'un véritable blocage.
La raison en est simple. Chaque pays qui expédie du pétrole via cette voie maritime, y compris l'Iran, souhaite qu'elle reste ouverte. La fermer couperait également leurs propres revenus.

Surveillez les actions des gros acheteurs
Selon certaines informations, certains gros acheteurs, notamment la Chine, agissent comme si ce pic n'allait pas durer. Ils semblent parier sur une offre abondante, sur les capacités excédentaires de l'OPEP+ et sur une augmentation de la production ailleurs.
L'attitude d'un grand importateur est souvent un meilleur indicateur que les gros titres alarmistes. Si la Chine continue d'acheter régulièrement et que ses stocks augmentent, cela va à l'encontre des craintes.
Ce qu'il faut surveiller ensuite
Pour que les prix continuent de grimper, il faut que le trafic des pétroliers s'arrête réellement, et pas seulement qu'il soit menacé. Pour que les prix redescendent, il suffit que le pétrole continue de circuler jusqu'à ce que la peur s'estompe, comme ce fut le cas après 2019 et 2022.
- Toute perturbation réelle du trafic à Ormuz, plutôt que de simples menaces.
- Les décisions de l'OPEP+ concernant la libération de sa capacité de production excédentaire.
- Si la Chine continue d'acheter et de constituer des stocks, ce qui donne une indication sur les attentes des grands acheteurs.
- Si le Brent se maintient au-dessus de 100 $ ou retombe vers les plus bas de l'année.
Les faits tendent à démontrer qu'il ne faut pas s'attendre à ce que la hausse dure. Par le passé, toutes les craintes liées à Ormuz se sont dissipées sans aucune fermeture. Cependant, le risque est à double tranchant : si le détroit venait réellement à fermer, la hausse serait rapide et brutale. Les prix peuvent fluctuer dans les deux sens, et une menace ne constitue pas une prévision.
Questions fréquemment posées
Près d'un cinquième du pétrole transporté par voie maritime dans le monde transite par ce détroit, c'est pourquoi toute menace à son encontre affecte les prix à l'échelle mondiale plutôt qu'uniquement dans la région.
Non. L'Iran a menacé de le fermer à plusieurs reprises, notamment en 2011 et 2012, mais il est resté ouvert. Les producteurs qui expédient leur pétrole par cette voie, y compris l'Iran, ont tout intérêt à ce que la circulation se poursuive.
Les attaques de septembre 2019 ont détruit environ la moitié de la production saoudienne et le Brent a bondi d'environ 15 % en une journée. Les prix ont perdu la majeure partie de cette hausse en l'espace de quelques semaines, lorsque l'Arabie saoudite a rétabli sa production plus rapidement que prévu, car les barils n'ont pas été définitivement perdus.
La capacité de production excédentaire correspond au pétrole que les producteurs peuvent mettre rapidement sur le marché. Si l'OPEP+ la libère lors d'une crise de l'offre, elle peut compenser les pénuries redoutées et faire baisser les prix, ce qui explique en partie pourquoi certains acheteurs parient sur la diminution des pics.